Shinjuku…
Ah Shinjuku…
Pour ceux qui se rappellent un peu de mes aventures précédentes, j’avais quitté Harajuku à la nuit tombante avec une faim de découverte de Tokyo.
Shinjuku, j’y avais juste transité deux jours avant pour aller de la Chuo-sen à la Yamanote après être revenue de Yostuya (université Sophia), le changement était très simple.
Mais là mon bouquin me dit de prendre la sortie centre-Est quelquechose, et je le sens mal parce que :
-c’est une gare énorme (2 petits millions de personnes par jour seulement)
-j’ai pas de GPS intégré (ben alors papa maman, vous auriez pu y penser quand même)
-je viens d’arriver au Japon
-regardez la photo du plan. Vous avez vu tous les ronds blancs (légende = un rond blanc pour une correspondance) ??
Donc je me prépare mentalement dès la station Yoyogi. En même temps j’ai la zenitude au plus profond de moi, après tout je suis en vacances il faudrait peut-être que je le réalise.
Ca y est, j’entends la sempiternelle annonce vocale « Mamonaku… Shinjuku etc ».
En tout cas j’aime bien la lumière qu’il y a sur le quai (et toujours cette pub Docomo avec Eita ^^).

Allez c’est parti.
Y a du monde. A Tokyo, y a pas de «Dimanche » ou « pas Dimanche », y a du monde tout le temps.
C’est ok pour les directions, je me retrouve dans un dédale de couloirs et d’escaliers/ escalators, je suis littéralement dans des « autoroutes pour piétons », j’ai pas encore mon code dans ce domaine mais pour l’instant je maîtrise le « serrage à gauche dans les escalators » ainsi que le passage de carte Suica dans les portiques : c’est tout un art parce qu’en cas d’affluence on voit pas les portiques arriver, or y a du monde qui presse. Si t’as ta carte planquée au fond du sac, t’es mort. Faut pouvoir dégainer sa carte plus vite qu’un salaryman. N.B. pas besoin de sortir sa suica du portefeuille d’ailleurs.

(eh psst, regardez les sacs de sports vernis des garçons sur la photo du milieu, eh ben tous les lycéens ont ça comme sac de cours, en noir, blanc,voire rouge parfois, puis de la marque attention, adidas et compagnie)
Bref, jusqu’à présent je m’en sors mais alors que j’atteint presque mon but, c’est la panne.
Warning. Je doute.
Est-ce bien cet escalier-ci ? Non je continue. C’était pas ça, je reviens sur mes pas.
Je prends l’escalier parce que j'ai pas plus envie que ça de me faire écraser par un troupeau de piétons venus s’encanailler à Kabuki-cho.
Ouf on y est.
Et là moi je dis wouaw.
Ce qui me frappe c’est la grandeur du lieu, en contraste avec les petites rues de Harajuku, j’essaie de prendre des photos mais cette grandeur ne ressort pas. Direction Kabuki-cho. C’est blindé de monde.

J’arrive sur Yasukuni-dôri, et là paf je tombe nez à nez sur les hostboys.
Qu’est-ce que c’est que ça, les hosts ??
Là je vais vous faire un cours en règle, parce que je trouve ce sujet passionnant.

Les hosts ou hostboys sont des jeunes hommes bien sapés, bien lookés, bien coiffés (costume noir et crinière éclaircie le plus souvent, le look du prince charmant japonais) qui accostent des filles et si possibles des friquées pour leur proposer leurs « services ».
En terme de services, il s’agit de ramener ces filles dans leurs clubs, discuter, leur dire ce qu’elles ont envie d’entendre, et surtout les inciter à payer pour eux des bouteilles de champagne de 500, 1000 euros voire plus (une bagatelle quoi). Le champ' on l'aura compris, c'est juste un passeport en échange duquel on vous offre un homme à la soirée : quoi de mieux qu'un alcool prestigieux pour maquiller la location d'un être humain et noyer tout ça dans la joie et l'ivresse.
Souvent, ce sont des prostituées et hôtesses qui fréquentent les hosts, d'abord parce qu'en dehors du milieu de la nuit, rares sont les femmes qui peuvent s'offrir de tels services.
Ensuite et on le comprend, les prostituées cherchent juste une présence masculine agréable, pour se confier, oublier leur journée, écouter des paroles réconfortantes. Or, les hosts ne sont pas là pour le sexe, leur fond de commerce tourne davantage autour de la séduction, de l'écoute et de la bonne parole, leur but étant de faire fantasmer leurs clientes le plus longtemps possible.
Le plus surprenant, c'est que personne n'est dupe dans l'histoire.
Côté clientes, beaucoup deviennent accroc, en dépit de tout leur bon sens initial. Même une professeur de sociologie, intriguée par le phénomène, a troqué son bloc sténo contre les coupes de champagnes pour mieux étudier si "le fait d'être host relevait ou non de la prostitution". Aux dernières nouvelles elle n'en est toujours pas revenue.
Côté hosts, beaucoup finissent par culpabiliser de tirer profit des clientes et ne peuvent plus gérer la situation.
La plupart sortent complètement cramés de ce métier (la majorité y tiendraient rarement plus d'un an), à force de boire chaque nuit des quantités d'alcool qui ferait pâlir n'importe quel étudiant de grandes écoles, et à force de mentir aux filles et d'entretenir des relations factices en échange de fric et de vivre complétement déconnecté de la réalité, d'autant plus que le business ne marche pas pour tous : si vous voyiez le nombre de hosts qui se disputent les trottoirs de Kabuki-cho, vous aimeriez pas être à leur place.
Un documentaire très très bien fait a été réalisé en 2006 par Jake Clennell, "THE GREAT HAPPINESS SPACE", sur un club host à Osaka. Dommage il n'est plus disponible sur le net...

Ce phénomène m’interpelle parce que le Japon est peut-être le seul pays du monde où on choisit son homme à la carte comme un produit, littéralement dans un menu, où les photos de ces garçons s’étalent sur les façades des immeubles de Kabuki-cho ou d’ailleurs, la preuve en images. Si vous voyez ça ailleurs, dites-le moi.

Bref ces fameux hosts, je les ai vu en live.
En tout cas j’aimerais pas être à leur place quand ils racolent les filles, parce que de nature déjà les garçons japonais sont plutôt du genre (très très) timides, si en plus il faut passer une soirée à faire du racolage et se prendre des râteaux ><….
Certains m’ont abordée, mais je suis l’anti-cliente host lol : j’ai pas de fric, je bois pas et je parle presque pas Japonais, c’est vite vu. Quand je disais ça à certains hosts ils riaient puis on se mettait à discuter de ce que je faisais au Japon, comment c’est la France etc… Tous m’ont mise en garde, ici c’est « abunai » (dangereux), je dois pas trop rester seule ici etc…


Mais bon honnêtement c’est pas du tout le 93 ici mdr ! Bien sûr, la mafia est forcément là mais je trouve que Roppongi dégage une ambiance plus malsaine.
En tant qu’étrangère, on s’observe mutuellement les gens et moi, mais je me fais pas aborder de toute part comme certaines japonaises qui cultivent le look « bitchy », avec du Vuitton ou du Gucci au bras (signe extérieur de richesse). Franchement, pour être retournée plusieurs fois à Kabuki-cho le soir, j’ai eu plus d’emmerdes avec les mecs dans le Kansai qu’ici. Quartier chaud peut-être, mais surtout pour les Japonaises, parce que c’est vrai qu’elles se font accoster de toutes part :
-par les hostboys
-par les promoteurs d’izakaya
-par les promoteurs de karaoke (avec leurs vestes fluo ^^)
-par les promoteurs de restos et cafés divers
-par des personnes non-identifiées
Pour revenir à Kabuki-cho, j’ai pris plein de photos sympas.
Le truc con c’est que je veux toujours jouer les discrètes et prendre des photos à la dérobée, mais au Japon pas de bol, je passe pas inaperçue ! Surtout à Kabuki-cho le soir, je me suis bien balladée et je n’ai croisé aucune autre fille occidentale seule. Et ça se remarque tout de suite… Donc sur certaines photos, les hosts et moi, on s’observe involontairement.


Après Shinjuku, comme si ça suffisait pas, je suis partie à Roppongi, avec l’idée de rentrer à Azabu-jûban à pied (c’est à une station de métro).
J’ai galéré comme une malade malgré la bonne quantité de plans qu’il y a dans le quartier, tout simplement parce que je ne trouvais pas ce fichu passage pour traverser le carrefour, impossible d’aller de l’autre côté vers Roppongi Hills, alors que je vois bien qu’il y est ce fichu passage sur le plan. Au bout de quelques minutes (le temps que ça monte au cerveau, je suis plutôt du genre diesel parfois) j’ai enfin réalisé qu’on était pas dans le quartier St-Claude à Grasse, mais à Roppongi à Tokyo : or quand on veut traverser une voie rapide à Tokyo, ben y a pas de passage piéton comme sur l’avenue E. Leclerc, par contre y a un passage souterrain. Ha ha ha (je ris jaune là). J’aurais pu marcher longtemps à la recherche des bandes blanches sur la chaussée X(

En tout cas, c’était très sympa la ballade nocturne ensuite, comme d’hab je m’embarque sans plan sans rien, avec une décontraction inhabituelle qui m’épate encore et qui m’aura pas lâchée tout ce mois-ci « boaf, je finirai bien par retrouver la maison»…
A part ça j’ai changé de combini, je vais toujours à Sunkus mais à celui qui est de l’autre côté de la rue. D’abord c’est plus près de la sortie de métro et en plus les vendeurs sont plus sympas :p Je m’achète un truc à grignoter (parce que j’ai toujours pas mangé !) et je me cale sur la terrasse de cet indécent appart de Xm² (je le dis pas, ça fâche en général), les doigts de pieds en évantail… C’est une de mes définitions du bonheur ^_^.

Le truc con du jour : elles sont mimis les plaques pour les pompiers non ;) ? Ca dédramatiserait presque l'incendie...